D'HIER À DEMAIN : LA VIE RÊVÉE DU PLASTIQUE

Cette semaine, nous avons choisi de partager avec vous un article d'Anne Thoumieux, journaliste et auteure du livre J'arrête le plastique. Cet article est paru dans le magazine biocontact n°310 de mars 2020.

D'hier à demain : la vie rêvée du plastique

Hier révolutionnaire et encensé, aujourd'hui diabolisé et responsable d'une des plus grandes pollutions de la planète, le plastique n'est plus le matériau fantastique que l'on nous promettait et, pourtant, nous en sommes devenus dépendants. Comment, pourquoi ? Et quelles autres options s'offrent à nous ?

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Tout le monde sait ce qu'est le plastique... ou croit le savoir. Il faudrait en réalité dire « les plastiques », tant il en existe. Néanmoins, on peut le définir globalement comme une matière synthétique, issue de résines et de plusieurs molécules appelées polymères, qui peut être travaillée, formée, déformée, colorée et traitée pour devenir un objet. Le traitement avec des adjuvants et des additifs chimiques, pour en faire ce que l'on veut, lui donnera ses propriétés : résistance, souplesse, transparence, etc. Il en existe plusieurs grandes familles, classées selon leurs réactions : les élastomères, souples et résistants ; les thermodurcissables, comme la mélamine de la vaisselle pour enfants, très durs ; et les thermoplastiques, qui peuvent, quant à eux, se déformer au contact de la chaleur.

L’épopée du plastique

C’est à partir du XXe siècle que les plastiques semi-synthétiques faits de polymères naturels transformés chimiquement laissent la place aux plastiques entièrement synthétiques : Celluloïd pour les balles de tennis, viscose pour les collants, galalithe pour les stylos et les bijoux fantaisie, Bakélite pour les téléphones, puis la Cellophane, premier plastique entièrement souple et transparent, et enfin, en 1926, le PVC – polychlorure de vinyle -, mélange de sel, de pétrole et d’additifs. Personne ne s’inquiète alors de la planète et du succès fulgurant de ce nouveau matériau surdoué. Suivront les polystyrènes, polyéthylène et le polyamide, fibre surdouée annoncée comme étant aussi fine que solide, puis les premiers polyuréthanes, utilisés comme adhésifs et garnitures-mousses pour matelas, coussins ou sièges auto. Les années 1940 accueillent le silicone avec joie et l’explosion de la consommation de masse des années 1950 finit de sacraliser le dieu plastique, que l’on retrouve alors dans tous les objets de la vie courante que le marketing agit sous les yeux ébahis de la ménagère. La mélamine et le Formica envahissent les cuisines et le mobilier, le polyester habille ces dames.

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Magique plastique

Les plastiques ont ainsi colonisé chaque recoin, chaque aspect, chaque moment de notre vie, pour des raisons compréhensibles. Ce matériau modulable à l'envi est un champion : plus léger, mais tout aussi résistant que l'aluminium, il ouvre la voie à une créativité sans bornes, aux performances inégalées et au rapport qualité-prix imbattable. A ceci près que sa fabrication exige la plupart du temps des composants extrêmement nocifs pour la planète et toxiques pour les êtres humains, comme les phtalates ou le bisphénol A. Les industriels n'en ont que faire tant que le business reste rentable ! Les années 70 marquent ainsi son avènement : le plastique n'est plus uniquement le matériau bon marché à tout faire et à durée de vie limitée, on s'en sert alors aussi pour des objets luxueux et techniques.

La production mondiale de plastique n'a depuis jamais cessé d'augmenter, et ce, encore aujourd'hui alors que l'on connaît les ravages qu'ils font sur la santé, la faune et la flore, terrestres et marines.

Enjeux environnementaux

Le plastique est corrélé à la production de pétrole ; pourtant, la pétrochimie ne semble pas souffrir de la diminution des ressources.

Malgré le début d’une prise de conscience, la demande continue de croître et il semblerait que les pétroliers trouvent à proposer les dérivés du pétrole qui n’intéressent pas l’industrie automobile à l’industrie pétrochimique, qui en fera des plastiques encore moins chers et de moins bonne qualité qu’auparavant.

Il faut pourtant reconnaître que les enjeux environnementaux incitent à faire évoluer les pratiques vers davantage de recyclage, vers une utilisation raisonnée des matériaux, etc., mais rien n’y fait : le plastique a les inconvénients de ses qualités. Résistant mais pas inaltérable, le plastique se casse, se fragmente, s’émiette en des morceaux de plus en plus petits… mais ne disparaît jamais ! Il ne fait que se disperser sous forme microscopique : les microplastiques.

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On imagine la pollution plastique comme des déchets flottants (type bouteilles), or le réel problème est la décomposition de ces déchets en microparticules qui tapissent les fonds marins. Presque invisibles, elles forment des soupes de plastiques dans les océans et les animaux marins les ingèrent.

Quand le plastique est mis dans la poubelle, ce n’est malheureusement pas plus brillant : il est toxique où qu’il finisse sa vie. Enfoui sous terre, il contamine les sols ; brûlé avec les ordures, il dégage des gaz toxiques ; et il finit toujours par intégrer notre chaîne alimentaire, l’eau que l’on boit ou l’air que l’on respire… Le problème écologique devient un problème sanitaire.

Risques sanitaires

Les microplastiques peuvent se retrouver dans nos assiettes de manière invisible : ingérés par des poissons qui seront ensuite pêchés et mangés, mais aussi quand le plastique migre dans la nourriture par le biais des boîtes de conservation des aliments, des ustensiles de cuisine et autres objets qui s'usent. Ces objets perdent à chaque utilisation un peu de leur matière ainsi que des additifs, perturbateurs endocriniens – supposés ou avérés –, etc., qui finissent dans notre estomac. Si tous les objets en plastique libèrent des produits potentiellement dangereux, ils ne sont pas pour autant interdits : en effet, un objet ne représente aucun danger en lui-même. C'est la répétition, la fréquence d'utilisation sur des années qui peut avoir des conséquences sur notre santé.

C'est aussi la raison pour laquelle il faut par exemple bannir l'utilisation et l'achat de bouteilles en plastique et non les réutiliser en les remplissant à nouveau : on croit bien faire mais elle ne sont pas faites pour être utilisées plusieurs fois et leur usure précoce risque de contaminer l'eau ! Autant prendre une bouteille en verre si vous avez besoin d'une carafe, ou une gourde en inox pour votre sac.

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C'est la même chose pour les cosmétiques : nombreux sont ceux qui contiennent du PEG (polyéthylène glycol) ou du polypropylène, souvent ajoutés dans les crèmes hydratantes ou antirides, ou des polyvinyles et des silicones dans le maquillage. A la longue, appliqués chaque jour sur la peau, les plastiques contenus dans les cosmétiques peuvent y pénétrer. Agissant comme des perturbateurs endocriniens, les conséquences peuvent être importantes.

Alternatives écolo

Il est difficile mais pas impossible de faire abstraction totale du plastique. L’idéal reste de l’éliminer déjà dans un certain nombre de domaines.

Pour commencer, les plastiques à usage unique sont tout simplement à bannir : pailles, sacs, bâtonnets ouatés, couverts, boîtes alimentaires, etc. Préférez leur version en matière naturelle, à base de bois : sacs en papier, bâtonnets ouatés en carton, couverts en bois, pailles en carton, etc.

Pour le reste, cherchez une alternative à chaque achat, de la cuisine à la salle de bains : spatules en bois, paille en inox, plats en verre ou en céramique, pochons en tissus pour les fruits et légumes et les aliments en vrac, cure-oreilles en bambou, etc. Au bureau, favorisez l’utilisation d’un mug lavable, d’un stylobille en carton et non en plastique. Dans la salle de bains, on peut trouver la plupart des produits dans leurs versions solides, sans emballages en plastique : le shampoing devient shampoing solide à faire mousser comme un savon, le lait corporel en galet de beurre nourrissant que l’on fait fondre dans la main, etc. Certaines boutiques, parfois en ligne, regorgent de produits fabriqués sans un gramme de plastique, ni dehors ni dedans. Bien sûr, leurs formules peuvent contenir des plastiques… sous forme de silicone. Les silicones ne sont pas de « vrais » plastiques, mais ils se comportent comme tels et partent dans l’eau de rinçage puis, trop petits pour être filtrés, se retrouvent dans les cours d’eau ; or ils sont présent dans la plupart des shampoings, après-shampoings et crèmes… Préférez des produits bio pour éviter que des composants issus du pétrole n’entrent dans leur composition… Imaginez ce que l’on déverse chaque jour dans l’eau…

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Le recyclage

Bien sûr, le recyclage est un geste fondamental pour la prise en charge des déchets en plastique, mais il connaît de grosses limites qui en font aujourd'hui une mesure secondaire. Le plastique devrait être vu comme un bien trop précieux pour être simplement jeté et devrait être automatiquement valorisé par le biais du recyclage qui en ferait alors une matière première, une ressource pour fabriquer de nouveaux objets qui pourront à leur tour être recyclés, mais pas indéfiniment. C'est la première limite : à force d'être recyclé, le plastique finit par perdre son adaptabilité, on ne peut guère dépasser 7 ou 8 cycles de recyclage.

Puis, tous les plastiques ne se recyclent pas, et les consignes de tri – même si elles viennent d'être harmonisées à Paris et bientôt sur tout le territoire français – ne sont pas identiques partout car toutes les villes ne prennent pas en charge les mêmes déchets de la même manière.

Certains plastiques sont potentiellement recyclables mais n'étaient pas pris en charge jusqu'à très récemment, comme le fameux pot de yaourt, par manque de rentabilité ! C'est le cas d'autres emballages, comme ceux utilisés pour le jambon ou la charcuterie industrielle : ici, les fabricants aimeraient passer aux emballages en PET – polytéréphtalate d'éthylène –, qui est recyclable, mais ce dernier ne permet pas une conservation optimale du jambon. C'est aussi le cas des objets trop petits comme les tubes de cosmétiques, utilisés pour les baumes à lèvres par exemple, et des objets faits de différentes matières que l'on ne sait pas séparer. Ils finiront brûlés ou enfouis : dans les deux cas, qu'il s'agisse de vapeurs ou de micro-particules, l'air et l'eau (et ainsi les cultures que cette dernière arrose) seront pollués.

Ensuite, il faut savoir que, dans une bouteille recyclée, il n'y en a en général que 25% de plastique recyclé. Pour fabriquer des bouteilles recyclées à 100%, il faudrait chercher du plastique hors de nos frontières car il n'y en a pas assez chez nous ! En effet, nous ne trions pas suffisamment de plastiques pour qu'ils soient recyclés... On compte à l'heure actuelle sur les prochains déchets en plastique qui seront produits pour fabriquer à nouveau du plastique. Ce sont les moyens mis en œuvre par les communes qui doivent être améliorés pour permettre aux citoyens de recycler autant qu'ils le souhaitent.

Enfin, s'il y a bien une chose que le recyclage ne réduit pas, c'est la consommation d'énergie : les étapes de transport, de ramassage, de traitement et retraitement des plastiques en billes, puis leur réutilisation en fabrication de nouveaux objets font du recyclage un procédé particulièrement énergivore. Alors, oui, il faut recycler mais ne pas produire de déchets à recycler, c'est mieux !

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Futur du plastique

L’avenir, côté plastique, n’est donc pas très rose : les industriels et la législation vont lentement, et les producteurs de plastiques tenteront toujours de les vendre. Il revient donc à nous, consommateurs, d’orienter nos choix car, fort heureusement, de nombreux entrepreneurs développent quand même en parallèle des solutions moins polluantes comme les plastiques végétaux mais, attention, le sujet est complexe ! Egalement appelés plastiques « biosourcés » ou « bioplastiques » (attention, ils n’ont rien de « bio » !), ils se composent entièrement ou en partie de matière première végétale, en général de l’amidon de maïs, de la pomme de terre ou du sucre de canne.

Ces plastiques sont présentés comme biodégradables ou compostables, or ce n’est pas si simple. Tout d’abord, s’ils sont en partie végétaux (à 25%, par exemple), cela implique que, lors de leur dégradation, des particules de plastique chimique (provenant des 75% de plastique traditionnel avec lesquels ils sont produits) seront libérées… pas terrible ! Ensuite si, comme beaucoup de personnes, quand vous lisez « compostables », vous pensez qu’ils vont disparaître si on les laisse dans la nature, détrompez-vous. Malheureusement, pour se décomposer, un emballage dit « compostable » doit être déposé dans un composteur, domestique ou industriel, car il faut des conditions particulières pour que le processus ait lieu (chaleur et mouvement). Sans action externe, il ne se passe rien ! Sans composteur, ces matières finissent avec les déchets ménagers et doivent donc être incinérées (ce qui est tout de même moins polluant que le plastique synthétique à 100%).

En résumé, les bioplastiques sont intéressants seulement si vous possédez un composteur domestique ou qu’une infrastructure de compostage industriel est à votre disposition… et que votre région est équipée d’une poubelle spécifique. Sinon, n’étant pas recyclable, le sac plastique en question, bien que porteur du mot « compostable », finira en décharge ou à l’incinérateur ! Ils peuvent également être mis dans les poubelles jaunes, avec le « vrai plastique ». C’est aussi un problème : mélangés aux autres, les plastiques végétaux perturbent le recyclage, qui ne peut pas les prendre en compte. Ils sont alors envoyés en « refus en centre de tri », puis en valorisation énergétique, ce qui au final aura consommé beaucoup d’énergie. En revanche, un emballage fait d’un mélange de plastiques biosourcés et de plastique ordinaire pourra, lui, être recyclé avec le reste… Pas facile d’y voir clair !

Enfin, les plastiques végétaux ne sont pas forcément plus écologiques si leur fabrication se fait à grande échelle : le bilan écologique global pourra être mauvais (transports à grande échelle). Bref, autant ne pas prendre de sac du tout, non ?


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